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A l’URPS ML PACA, un duo pour faire avancer l’exercice coordonné

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Médecins généralistes et élus en charge de l’exercice coordonné au sein de l’Union Régionale des Médecins Libéraux de la Région PACA (URPS ML PACA), le Dr Florence Zemour et le Dr Sébastien Adnot sont également porteurs de projets CPTS, respectivement sur les territoires de l’Est de l’Étang de Berre et du Comtat Venaissin. Forts de leur expérience, ils nous racontent comment l’URPS ML PACA accompagne les futurs porteurs de projet.

En quoi consiste votre binôme ?

Florence Zemour (FZ) :

L’URPS ML PACA accompagne les médecins libéraux qui sont porteurs de projets d’exercice coordonné sur le territoire. Depuis maintenant 3 ans, nous avons développé une expertise dans ce domaine : nous mobilisons, par nos chargés de mission, et au moyen de nombreux outils, une cellule d’accompagnement présente dans tous les départements de la région.

Pour superviser cette mission, nous travaillons en binôme, avec Sébastien, afin de pouvoir croiser les expériences. Il est essentiel de pouvoir débattre avant de prendre des décisions ou encore arbitrer certaines situations.

Sébastien Adnot (SA) :

Notre plus-value dans notre rôle d’accompagnateur réside dans notre double vision à la fois d’acteur, en tant que porteurs de nos propres projets de CPTS, et, en tant qu’élus, de décrypteur des textes réglementaires.

Concrètement, comment accompagnez-vous les porteurs de projets ?

FZ :

La loi prévoit que les professionnels de santé prennent l’initiative des projets du territoire. Notre rôle est donc de donner les moyens aux médecins libéraux de saisir ces opportunités, de faire aboutir leur projet et les aider à fédérer autour d’eux.

SA :

En général, ce sont les porteurs de projets qui nous sollicitent directement car, d’une part, ils nous connaissent déjà et, d’autre part, ils ont déjà l’envie de se lancer dans cette aventure. Nous faisons ensuite, dans un premier temps, un accompagnement informel qui permet de déclencher la première étape : une procédure pour créer son projet de CPTS. Et dans un deuxième temps, une fois que le projet est bien démarré, nous proposons un accompagnement structuré.

À ce jour, nous recensons en PACA 30 projets de CPTS en cours et 20 projets émergents. Pour l’instant, il n’y a pas encore, dans la région, de CPTS ayant signé l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI), mais ce devrait être le cas dans un futur proche.

Quelles sont les étapes de création d’une CPTS en partant du statut de projet à sa labellisation ?

FZ :

En pratique ça se traduit en premier lieu par un diagnostic du territoire, qui va aider les porteurs de projets à définir les frontières du secteur sur lequel ils veulent développer leur CPTS.

Ensuite, nous aidons les porteurs de projets à rédiger une lettre d’intention qui sera présentée en Commission de Coordination de l’Offre de Proximité Départementale (CCOPD). C’est une instance de validation où les professionnels de santé doivent défendre leur projet devant des représentants de différentes URPS (médecins libéraux, infirmiers pharmaciens etc…), devant les représentants de l’Agence Régionale de Santé (ARS), de l’Assurance Maladie, de l’Ordre des Médecins, des élus locaux…

Il y a aussi une aide juridique sur l’élaboration des statuts associatifs : le format associatif est particulièrement adapté à l’organisation des CPTS. Mais chaque association a son statut propre, d’où l’intérêt de travailler avec un cabinet d’avocats offrant cette expertise juridique.

Après validation du projet par la CCOPD, nous poursuivons l’accompagnement par une aide méthodologique à l’écriture du projet de santé, collaboration étroite entre les porteurs de projets, les coordonnateurs lorsqu’ils sont identifiés, et  nos chargés de mission.

Nous proposons également une aide matérielle avec l’embauche d’un coordonnateur sur une durée de 10 mois, un jour par semaine.

Nous organisons également la mise à disposition d’outils comme des outils d’éducation thérapeutique, de prévention, de télé expertise, de télémédecine, ou encore des outils informatiques.

Tout ce processus aboutit à l’écriture du projet de santé qui sera ensuite négocié avec l’ARS et l’Assurance Maladie afin de signer l’ACI qui doit permettre un financement pérenne de la CPTS.  Ce travail peut prendre entre un an et 18 mois. Ce n’est pas rien ! C’est pourquoi, il est essentiel d’accompagner les porteurs de projet à chaque étape.

Nous travaillons également en coopération avec les URPS des autres professions, tout au long de ce processus.

SA :

Tout cet accompagnement repose sur une équipe de 5 chargés de mission compétents et réactifs qui suivent, au plus près du terrain, les équipes, avec comme but ultime l’écriture de la ”Bible” de la CPTS : le projet de santé!

Ensuite, une fois l’ACI signé, l’accompagnement de l’URPS se poursuit pendant toute l’année suivante pour terminer par un premier bilan.

Comment évaluez-vous l’importance du rôle joué par les CPTS pendant la crise sanitaire ?

SA :

Pendant la crise sanitaire, il y a eu une très forte réactivité de la part des professionnels de santé déjà inclus dans des projets CPTS, tout simplement parce qu’ils travaillaient déjà ensemble et connaissaient déjà parfaitement leur territoire. Il y avait déjà une base de coordination et de travail d’équipe existante, qui a permis une adaptation extrêmement rapide.

Pour preuve, l’ARS, la CPAM, ou même les préfectures ont constaté cette différence de réactivité, de souplesse et de circulation de l’information entre les territoires où il y a un projet de CPTS, et les territoires où il n’y en a pas.

FZ  :

En parallèle, sur d’autres territoires, cette crise a donné aux professionnels de santé l’envie de continuer à travailler ensemble. En effet, les territoires où il n’y avait pas de projet d’exercice coordonné, la nécessité de devoir travailler ensemble dans l’urgence, de devoir mieux communiquer, de se coordonner pour faire face à l’épidémie, a provoqué une prise de conscience de l’intérêt de la pluriprofessionnalité et fait émerger des projets.

Les CPTS ont donc prouvé leur efficacité notamment en situation de crise, pensez-vous que cela incite l’ARS à accélérer son processus de labellisation ?

SA :

Nous l’espérons et d’ailleurs pour le favoriser nous avons proposé à tous les porteurs de projet de CPTS d’intégrer dans leurs projets de santé un encart dédié à ce qui a été mis en place pendant la Covid, afin d’apporter un témoignage concret et factuel.

FZ :

À priori cet encart n’a pour le moment pas d’impact ni sur le financement de la CPTS, ni sur la rapidité de labellisation. Mais ces questions restent ouvertes car les professionnels de terrain ont montré la capacité de réponse des CPTS à face à une crise sanitaire.Elles se posent d’autant plus que nous pensons tous être, à l’avenir, de nouveau confrontés à ce type de situations.

Du coté des médecins reste-t-il des préjugés sur la mise en place de ces structures ?

SA :

Tout notre travail consiste à montrer que les CPTS sont importantes pour la prise en charge du patient et utiles pour les professionnels de santé.

Si on ne voit pas les CPTS ainsi, alors il peut y avoir image très complexe de ces structures, et notre but en tant qu’accompagnateur c’est de dédramatiser cette vision.

Les CPTS, certes c’est du travail pour la mise en place, mais les professionnels de santé voient par la suite une réelle amélioration de leurs pratiques, de leur qualité d’exercice, et les patients auront par conséquent une amélioration de la qualité de leur prise en charge.

FZ :

J’ajouterai que si on a une amélioration de la qualité de l’exercice, on a aussi une amélioration de la qualité de vie et c’est important, j’y tiens ! Les CPTS sont utiles pour la prise en charge des patients, car elles améliorent le parcours de soins, mais elles sont également utiles pour les médecins, car elles améliorent leurs conditions d’exercice.

Est-ce qu’il est difficile de fédérer les médecins autour de ces projets ?

SA :

Au début, je pensais que ce serait difficile mais la crise de la Covid a montré ce que les CPTS pouvaient offrir en termes de coordination. Depuis quelques semaines on est de plus en plus sollicités, par des médecins de famille en particulier, qui nous envoient un mail en disant « j’ai vu ce que la CPTS a fait pendant la crise, j’aimerais bien comprendre ce qu’elle va aussi proposer hors crise ». Ils nous contactent pour avoir des informations et adhérer à nos structures. Donc je pense que la crise a permis aux médecins de voir l’intérêt de se coordonner. 

FZ :

La première mission de la CPTS est l’accès aux soins et en particulier l’accès aux médecins traitant. Ça suppose qu’il y ait beaucoup de médecins qui adhèrent aux CPTS pour réaliser cette mission. C’est pourquoi nous nous devons d’être mobilisateurs. On ne peut pas demander à d’autres professionnels de favoriser l’accès des médecins à ce type de structures.

Il est important de garder en tête que les médecins et globalement tous les professionnels de santé vont d’autant plus adhérer au projet qu’ils vont comprendre ce que ça leur apportera dans leur façon de travailler. Mais il y a quand même parfois des réticences parce qu’il y a toujours la peur de la contrainte et de l’obligation.

SA :

Notre plus grande difficulté est la peur de l’inconnu. Pour la plupart des professionnels qui ne veulent pas adhérer à une CPTS, c’est souvent plus par méconnaissance que non-envie. C’est donc un gros travail d’explication, de décryptage d’enjeux, mais une fois que ce travail pédagogique est réalisé, souvent, les freins sont levés, les peurs disparaissent et les professionnels ont envie d’adhérer.

Quand on construit un projet de santé dans un territoire, c’est au profit des patients bien sûr mais aussi des professionnels de santé.

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